Article trouvé sur Le Courrier de l'Architecte.
Iconiques ? Egotiques ? Ludiques ? En tout cas, ils leur font la nique, aux typologies traditionnelles, les logements M livrés fin janvier 2012 rue Rebière (Paris XVIIe) par Stéphane Maupin et Nicolas Hugon.
«Aujourd’hui, difficile de faire ça ailleurs», assure le premier. C’est-à-dire superposer des volumes bardés d’acier galva au coeur d’une première enveloppe parisienne. La faute... aux normes pardi !
«Je cherche des lampions chez Tang Frères pour les éclairages des balcons». L’heure est aux finitions pour les logements en forme de M sis rue Pierre Rebière, à la limite du périphérique, dans le quartier de la porte Pouchet. Ceux qui se situent entre les balcons décalés d’Atelier Bow-Wow et la façade végétale d’Avignon-Clouet. Une visite s’imposait.
Expérimentale, la rue Rebière. 180 logements au total (dont 140 gérés par l’OPAC), pour neuf architectes*. Soit plus ou moins vingt logements par équipe, le fruit d’un workshop lancé en 2006 sur un terrain de 620 mètres de long sur 12,60 mètres de large longeant le cimetière des Batignolles.
Comptant quatre duplex, le bâtiment signé Stéphane Maupin architecture +design fait penser à un fruit pelé dont, d’une première peau canonique percée d’ouvertures toutes parisiennes, émerge un coeur composé de volumes aux toits à doubles pentes bardés d’acier galva.
«L’enduit, c’est pour faire écho aux logements d’Atelier Bow-Wow ; l’acier galva c’est un clin d’oeil aux logements d’Hondelatte et Laporte». Solidaire, le M.
Une curiosité surtout.
Alors, ce M ? Un signe, un sigle, une signature ? «L’OPAC voulait une toiture végétalisée». Sinon allergique à la végétation, Stéphane Maupin l’est aux injonctions vertes. Parer la rue Rebière de tous les attributs écologiques ? Dont acte premier, c’est-à-dire «la relation à l’extérieur».
«Quitte à végétaliser, autant que le toit s’écroule pour que tout le monde en profite, qu’au moins les habitants aient chacun droit à un lopin de terre», dit-il, croquis à l’appui. Une colline au sommet affaissé en son centre, dont résultent des logements en cascade... C’est donc à cette image-là qu’empruntent leur forme les logements M. Stéphane Maupin aurait préféré un 'affaissement' moins net. Y voire le résultat de la règlementation, la pente à 45 degrés.
Bref, à chaque futur habitant sa terrasse ou son balcon, surplombant la terrasse ou le balcon des voisins. Effet cascade, casse-tête chinois : «difficile d’avoir une conduite verticale». Les gaines de M empruntent de sinueux parcours.
Une fois posté au coeur du bâtiment, d’imaginer sans effort les voisins s’alpaguer les uns les autres. Une image présente à l’esprit de l’architecte, lequel a pris soin de doter chaque logement d’un cellier de deux à quatre mètres carrés pour éviter le stockage sur les espaces extérieurs.
_B.jpg)
«M louche sur les arbres du cimetière», souligne Stéphane Maupin. Disséminés ça et là, cinq pots de fleurs géants «poursuivent la végétation du cimetière sur la rue».
Aussi, au côté face son côté pile. Au nord, l’ensemble, comme toutes les réalisations de la rue Rebière, est ponctué de meurtrières en guise d’ouvertures. «Selon le code civil, il est interdit d’ouvrir des vues principales sur les lieux de sépulture», explique l’architecte.
Avec son acier galva, le coeur de M évoque un ensemble auto-construit par ses habitants.
«Aujourd’hui, il est impossible de faire ce qu’on veut en façade ; d’où une façade propre, 'citoyenne', en enduit blanc et, à partir du moment où on est dans le coeur, place au bricolage, à l’incohérence, à la liberté».
«Pendant longtemps, j’ai voulu ce projet comme une rue napolitaine», sourit l’architecte. Dans les premiers dessins, des fils à linge traversaient M. Un autre interdit. Finalement, Stéphane Maupin parle de «favella où on aurait l’impression que chacun a construit sa cabane avec ce qu’il a trouvé». Un effet accentué par les canisses installées ça et là, toujours eu égard au cimetière.
Doté, grâce à l’orientation est-ouest, d’appartements traversants, ce M est un pied-de-nez à la ville «et ses projets propres».
Des bémols cependant, telle cette terrasse prolongeant une chambre plutôt que le salon. «Le parcours des gaines», rappelle Stéphane Maupin. Il y a aussi cette cuisine plus vaste que le salon. «La réglementation handicapée», explique-t-il.
A l’intérieur, depuis le hall commun réunissant les boîtes aux lettres, l'une des branche est accessible par ascenceur, l'autre par escalier.
«Ce bâtiment est un tour de force dans la vie parisienne. Avec la nouvelle réglementation relative à l’accessibilité, il faudrait un deuxième ascenseur, c’est-à-dire un deuxième hall, donc un bâtiment plus long, donc plus d’espace et plus de budget, etc.».
In fine, M comme manifeste. Avec Maupin, c’est un pléonasme.
Emmanuelle Borne
_B.jpg)
* Raphaëlle Hondelatte & Mathieu Laporte, Atelier Bow-Wow, Stéphane Maupin, Avignon-Clouet Architectes, Atelier Provisoire, Cédric Petitdidier & Vincent Prioux, Rousselle & Laisné Architectes, Gricha Bourbouze & Cécile Graindorge, EM2N.
Fiche technique
20 logements, rue Pierre Rebière, Paris XVIIe arrondissement
Maîtrise d’ouvrage : Paris Habitat OPH
Architectes : Stéphane Maupin et Nicolas Hugon (Stéphane Maupin architecture+design)
Surface : 1.800m²
Coût : 2.50M euros